jeudi 22 septembre 2011

Golden Blog Awards: Mon Ecran Radar revient en année 2

Vous aurez reconnu "Christine"...
Ces derniers temps, Mon Ecran Radar sort rarement du garage où je l'ai temporairement garé cet été, après deux ans d'usage intensif et très exactement 100 billets au compteur.  Précieusement remisé sous bâche, carrosserie lustrée, moteur réglé...ne lui manque qu'un peu de carburant et ça repart pied au plancher. Qu'attends tu pour appuyer sur l'accélérateur me direz vous ? Le carburant justement. Depuis le mois de mai, j'ai mis toute mon énergie dans mon nouveau job à Libé. Du quotidien à 100 à l'heure, passionnant et chronophage. Difficile de piloter en double commande mon métier de journaliste éconoclaste et une activité de blogueur assidu. 

Mais pas question d'abandonner ce véhicule bloguistique en rase campagne. Ce serait vraiment dommage de laisser ce blog dériver dans le cyberespace, prendre la poussière du vide numérique, puis s'éteindre tristement comme une étoile morte. Il y a tant de choses à dire, tant à raconter, tant de motifs d'émerveillement et d'agacement quand on regarde le monde à travers cette pluie de pixels qui envahit nos écrans et accélère nos vies. Je le dois aux 10.000 curieux qui ont pris l'habitude de passer par là tous les mois. Je me le dois aussi pour plein de raisons que j'ai déjà expliqué ici et .

Alors j'ai trouvé prétexte à un bon coup de manivelle pour faire repartir le moteur de l'envie et faire ronronner à nouveau mes neurones fatigués.

Pour la deuxième année consécutive, Mon Ecran Radar est candidat aux Golden Blog Awards. L'an dernier j'avais fini finaliste dans la catégorie Actualités Web sans décrocher la timbale. Cette année, je suis en lice dans la catégorie "Culture" qui convient un peu plus à l'orientation que j'ai donné à mon blog ces derniers mois. Alors si l'envie vous en prend, vous pouvez voter pour moi en cliquant ici ou ci-dessous, ce qui me donnera une chance de concourir à nouveau en finale pour ces Golden Blogs qui seront décernés le 16 novembre (croyez-le ou non c'est le jour de mon anniversaire) sous les lambris dorés de l'Hôtel de Ville de Paris.

Non pas que je coure après la médaille du mérite du blogueur vous l'aurez compris. Juste un moyen comme un autre de me remettre la pression pour rouler ici à tombeau ouvert ! Alors votez et faites tourner, je reviens (très) bientôt avec un vrai billet, vrai de vrai ;)

dimanche 11 septembre 2011

Un 11 Septembre de Santiago à Manhattan

New-York 09.11.01
11 Septembre...la world machine médiatique fainéante et hystérisée tourne en boucle sur les dix ans de l'Apocalypse venue frapper les Twin Towers. Je pense aux 2985 destins foudroyés ce jour-là. Mais je pense aussi à un autre anniversaire oublié, ignoré des télévisions, radios et journaux, et à peine présent sur Internet : il y a 38 ans mourrait un héros ordinaire nommé Salvador Allende. Mort suicidé dans son Palais de la Moneda pour ne pas tomber entre les mains de la clique fasciste du général Pinochet. Je pense aussi aux 3000 victimes de la Junte, à ces étudiants et militants de gauche regroupés dans un stade, puis torturés et exécutés dans les premiers jours du Golpe de Pinochet. 3000 destins oubliés qui pèsent autant que ceux d'un autre 11 Septembre que l'on commémore aujourd'hui.
 Outre le billet de blog pré-linké, voici donc ma petite dédicace très personnelle à Allende et à tous ces gens morts il y a près de quarante ans d'un autre terrorisme, à l'époque télécommandé de Washington et soutenu par la CIA.  

11 septembre 1973 à Santiago
Un terrorisme qui, en ce 11 septembre 1973 à Santiago du Chili, valait bien celui de Ben Laden à Manhattan le 11 septembre 2001. L'horreur des deux dates est égale, elle ne se compare et ne s'annule pas. Mais le devoir de mémoire, lui, est malheureusement plus sélectif. Comme l'est l'actualité et sa foutue loi d'airain du "nombre de morts au kilomètre" (qui se soucie aujourd'hui des milliers d'enfants qui meurent chaque jour de la famine en Somalie et ailleurs ?). Plus encore qu'avec la distance, avec le temps va tout s'en va. La mémoire s'efface et l'histoire se dilue et s'oublie dans le fleuve des mots et des images qui défilent en temps réel sur les écrans de nos vies numériques.

mardi 12 juillet 2011

GarageLand

Mon Ecran Radar serait-il sur une voie de garage, en train de prendre doucement la poussière des étoiles numériques ? Ou bien est-il tout simplement au garage pour une révision 3.0, carrosserie lustrée, moteur à chroniques réglé comme une horloge ? Plus d'un mois sans écho régulier de la planète digitale, sans delirium gonzo-journalistique, sans pur moment de rock'n roll, sans chevauchée sauvage sur mon clavier...C'est ainsi, je suis un blogueur à la fois erratique et impulsif. Je fonctionne au coup de coeur, au coup de sang, au coup de speed. En ce moment ce n'est pas que je n'ai plus grand chose à dire, mais le temps m'échappe tout simplement

Je suis pris de vertige face à l'accélération du monde, à la folie de l'internet temps réel sur Twitter et ailleurs. Les journées filent à la vitesse de la lumière dans la fibre optique. Comme tous les journalistes de l'an 15 après Internet, je me sens submergé par l'actualité devenue folle. Désorienté par ce flux de news futiles ou historiques qui tournent en boucle comme autant d'électrons dans le grand Synchrotron de l'ère numérique. Les révolutions arabes, Fukushima, la mort de Ben Laden, DSK, la guerre en Lybie qui s'enlise, DSK encore jusqu'à la nausée, le berceau Grec de la démocratie soumis à la dictature des marchés, la folle cupidité du turbo-capitalisme que rien ne semble pouvoir arrêter, le Big One financier et le chaos social qui menacent...Il y a tellement matière à réflexion, indignation, éclat de rire, hyperbole, ou croche-patte cynique que je n'arrive pas à choisir, que je ne parviens plus à écrire.

vendredi 17 juin 2011

Indigènes Digitaux: la survie de l'identité indienne est au bout de la souris

Encore un billet invité, me direz-vous.  Depuis que je suis à Libé, c'est vrai, j'ai perdu un peu de ma stricte discipline de blogueur de combat ;). Un gros billet par semaine depuis le lancement de ce blog en 2009...pour l'heure je n'y arrive plus. Ca reviendra. Mais j'ai surtout eu un vrai coup de coeur pour cette histoire d'indiens digitaux que m'a raconté mon camarade Nicolas Rauline, blogueur (www.barrio-latino.info) et journaliste (aux Echos) lui aussi. Ou comment les peuples d'Amazonie venus du fond des âges ont appris à se servir des armes numériques pour mener une guérilla identitaire pacifique et tenter sauver leurs cultures en voie de disparition. Les Zapatistes du sous-commandant Marcos avaient montré la voie, en alliant fusils et propagande planétaire médiatisée. Les Indios Pataxo Hahahae du Brésil ont pris eux la souris pour défendre leur cause. Si seulement Geronimo avait eu Internet ! JCF

Geronimo et ses guerriers Apaches en 1886 (Smithsonian National Archive)
L’image était saisissante. Venue d’une autre époque, sortie d’un autre monde. De ces clichés envoûtants que chacun de nous peut avoir de l’Amérique du Sud. Il y a quelques semaines, sont apparues des photos diffusées par des ONG représentant l’une des dernières tribus isolées de la planète, surgie de la Silva amazonienne et de la nuit des temps. Un avion de reconnaissance avait repéré une dizaine d’hommes et de femmes, peintures sur le visage et lances à la main, fixant l’objectif aérien du photographe, interloqués. Une rencontre vertigineuse qui mettait en lumière la nécessité de protéger les derniers représentants d’un mode de vie et de civilisations que certains pensent révolus.

samedi 28 mai 2011

Pas d'Internet "civilisé" pour les Barbares de l'Info !

J'ai écrit ce texte un peu barge, ce pronunciamiento gonzo, à la demande de mon camarade blogueur Chacaille. Ce cher Frater Guillaume d'outre-Léman, qui défend la figure du "Moine reporter bénévole", lance avec ses amis suisses une fière Trirème baptisée "Ithaque". Un journal au long cours,  non-profit et citoyen, qui entend aller "moins vite plus loin". Avec de la chair et de l'humanité dedans, du récit, du reportage, des idées et de la BD...Le premier numéro de cet ovni journalistique et littéraire sort des presses. Vous pouvez vous y abonner ici sans peur d'être déçus. C'est beau, c'est gonzo.  Je suis fier d'être de l'aventure ! Voici donc en guise de Teaser ce Manifeste des Barbares de l'Info qui sera en Der du numéro 1 et que je brûlais de publier envers et contre l'Internet "civilisé" (et le journalisme qui va avec). Surtout après la farce grotesque de l'eG8 organisée à Paris par l'Histrion à talonnettes de l'Elysée...
JCF

NOUS SOMMES LES BARBARES DE L'INFO 

Nous sommes les nouveaux Barbares de l'Info. Journalistes renégats et mercenaires du clavier, jeunes forçats du Web et vieux déserteurs du papier, blogueurs sans entraves et citoyens libre-penseurs. Jeunes précaires courant de stages en CDD renouvelables, rédacteurs trentenaires prêts à tout donner mais privés de la carrière qui portait leurs aînés, quadras et quinquas déclassés, trop vieux, trop exigeants, pas assez petits chefs pour trouver notre place dans les usines à produire de l'information low-cost que tendent à devenir les journaux. Nous avons pris le maquis du web et ne croyons plus à la presse telle qu'elle était. C'est décidé: nous ne suivrons plus les règles du jeu des professionnels de la profession...enfin juste ce qu'il faut pour vivre ou survivre de notre métier et fomenter la révolution de l'info ici et maintenant.  Sans trop se prendre trop au sérieux évidemment ;). Ceci est un manifeste gonzo-journalistique inutile mais irrépressible, qui n'engage que ceux qui le suivront à leur manière. Quand ils le pourront où ils le pourront. Mais avec la foi communicative des conquérants d'une nouvelle ère informationnelle.

Pour commencer, nous croyons aux Dieux de l'Information et de la technologie au nom du Libre Partage du savoir. Nous pensons toujours que la compréhension de l'actualité et de l'histoire en train de se faire est un facteur indispensable d'éducation, d'élévation et de progrès. Et que la liberté indéfectible de la presse est l'un des premiers fondements de la démocratie. Nous plaçons la mission d'informer, bien avant le commerce du papier et de la réclame qui dévoient de plus en plus le métier au nom de sa seule survie. Et qu'à ce titre les médias ne sont pas des entreprises comme les autres mais un bien public, qui devrait et pourrait être "non profit" et financé comme tel par l'impôt, le biais de fondations ou la trop vite enterrée "licence globale" (consistant à taxer les opérateurs télécoms faisant juteux commerce des contenus que nous, journalistes et citoyens, produisons). 

vendredi 13 mai 2011

"François Duprat, une histoire de l'extrême-droite": ce webdoc qui va là où la télé ne va pas

Franois Duprat, époque Ordre Nouveau
C’est un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. Que ceux qui n’étaient pas nés dans les années 60-70, qui n’ont pas vécu l’onde de choc de l’après-mai 68 ne comprendront sans doute pas ou regarderont d’un œil narquois. Un temps de passion politique extrême où étudiants et lycéens se divisaient en deux camps : fafs contre bolchos, nationalistes et néo-fascistes contre trotskystes et maos, Fac d’Assas contre Sorbonne et Nanterre. Où hordes rouges et noires s’affrontaient, casquées, à coup de barres de fer pour rejouer la révolution russe, la guerre d’Espagne, celle du Vietnam…ou carrément le Front de l’Est. Un temps où l’Internet n’existait pas, où les jeunes n’avaient pas la télé, où la politique se vivait avec les tripes et l’intellect, où l’information et la propagande passaient par la presse, les affiches et les tracts, où le théâtre-monde se résumait au quartier latin. L’Orient était Rouge contre “ O, O, Occident ! ”

jeudi 12 mai 2011

Ils sont We Are Enfant Terrible !

Ils portent bien leur nom. Ils sont lillois. ILs sont chics. Deux garçons et une fille. Clotilde, Cyril and Thomas. Ils chantent en anglais et jouent bien du Bontempi. Quelque part entre le beat robotique du Devo des early eighties, le punk stylisé des Kills, la dance synthétique fluo kids de Hot Chip, leur musique est irrésistible. Elle donne envie de sautiller en l'air en savourant les premiers beaux jours du printemps, le soleil en terrasse et les jolies filles dans la rue...C'est la bande son de nos années numériques. Et mon dernier coup de coeur musical (merci à ma chopine blogueuse Capucine de me les avoir fait découvrir;).
We Are Enfant Terrible (WEAT) sortent un premier album chez Last Gang Records: "Explicit Pictures" qui a été enregistré et mixé...dans le grenier du guitariste du groupe. De retour des Etats-Unis où ils ont joué au festival SXSW en compagnie de groupes comme les Queens of the Stone Age, et ils étaient en concert le 11 mai à La Boule Noire, à Paris. Sur scène ils sont irrésistibles, ils sont furieusement punk et drôles: Clotilde tient la scène comme une diva électro-rock, Cyril tape sur ses fûts comme un automate sous speed et se jette volontiers dans la foule, Thomas déchire des riffs millimétrés à la guitare, tous le monde est aux claviers, boites à rythme et autres engins électroniques. La foule tangue, saute en l'air, monte sur scène, tout le monde a le sourire scotché aux lèvres comme dans les raves d'autrefois...
Energie positive, folie communicative, l'esprit du punk ressuscité à l'ère numérique. Alors Ecoutez. Groovez. Allez faire un tour sur leur site. Enjoy et faites Tourner !

samedi 7 mai 2011

Gloria Journalii ou la figure du moine-reporter bénévole

Mon invité du jour est suisse et aime l'art du contrepied (rien à voir je sais ;). Alors que les blogueurs réclament salaire au même titre que les journalistes envers et contre l'économie de la gratitude - Guillaume Henchoz, plus connu des pratiquants de Twitter sous le pseudonyme de @Chacaille défend lui l'idée que l'on peut pratiquer le journalisme comme un art monastique et bénévole, en parallèle - et non en marge - d'une activité salariée. Cela ne plaira pas forcément aux professionnels de la profession repliés dans un corporatisme qui n'a pas vu venir, avec l'internet, la révolution de l'information par tous et pour tous. Mais Guillaume a la foi communicative et l'enthousiasme des moines-soldats. Enseignant de métier à Lausanne, il est lui même blogueur et rédacteur en chef d' "ITHAQUE", un joli projet de journal associatif animé par des journalistes bénévoles, professionnels ou citoyens, avec du réel, du gonzo et de la BD dedans. Le premier numéro de cette revue journalistique au long cours (quatre numéros par an) qui entend aller "moins vite et plus loin", paraîtra début juin sous la forme d'un beau berlinois de 20 pages papier. J'ai décidé de m'embarquer dans l'aventure en livrant une chronique en forme de charge contre le journalisme "civilisé": "Nous sommes les nouveaux barbares de l'Info". Mettant en application sa conception de l'économie du troc conventuel, Guillaume m'a offert en échange ce billet sur la figure du moine-reporter que vous allez lire et commenter de ce pas !
C’est un petit encadré de rien du tout dans le magazine de l’Association suisse des journalistes (Edito), qui m’a fait d’abord tousser, puis réfléchir. "ITHAQUE", un journal foutraque et gonzo que l’on s'apprête à lancer entre amis (pros ou non), y est épinglé au titre que ses rédacteurs ne sont pas rémunérés. «L’avenir dira si le bénévolat est lucratif pour un journal – pour le métier de journaliste, c’est plutôt la mort!- Et si ça fonctionne longtemps!», conclut l’article. Guts ! Passons rapidement sur le fait qu’une publication qui tire à 3.000 exemplaires quatre fois par an puisse faire tiquer à ce point la profession et concentrons nous sur l’essentiel : derrière cette critique du bénévolat, il y a quelque chose de fondamental. Un vieux réflexe corporatiste qui me froisse horriblement. Parce que je ne me paie pas, je serais donc incapable de produire un travail journalistique de qualité ? Et en prime j'aurais la mort de toute une profession sur le dos ? Passées les premières crispations engendrées par la lecture du petit article, je me suis demandé comment je pouvais illustrer et expliquer simplement mon mode de fonctionnement. C’est ainsi que l’image du moine-reporter m’est apparue. Une vision, quoi.

mercredi 27 avril 2011

Requiem pour une machine à écrire

"Sur ma Remington portative, j'écris ton nom Laetitia...": sans elle, Serge Gainsbourg n'aurait sans doute pas composé cette chanson. Sans elle, Hemingway n'aurait pas écrit "L'Adieu aux Armes", Georges Orwell "Hommage à la Catalogne", Albert Camus "L'Etranger", Hunter S. Thompson (photo ci-contre) "Fear and Loathing in Las Vegas". Sans elle, Albert Londres n'aurait pas fait fermer le bagne de Cayenne, et le tandem Bob Woodward-Carl Bernstein n'aurait pas fait chuter Nixon avec le Watergate... Cette fois c'en est fini de cette bonne vieille machine à écrire. La meilleure amie des secrétaires d'antan, la maîtresse exigeante des écrivains, la compagne insatiable des journalistes n'est plus.  
C'est le "Daily Mail" britannique qui a publié cette semaine son avis de décès en annonçant la fermeture de Godrej and Boyce, la dernière usine de machines à écrire au monde. Basée à Bombay en Inde, elle en produisait encore 150.000 par an à destination des pays trop pauvres pour offrir des ordinateurs à leurs fonctionnaires... Mais la démocratisation de l'informatique et la révolution numérique triomphante auront finalement eu raison de la vieille dame mécanique qui a tout de même régné plus de 150 ans sur la civilisation de l'écrit.

samedi 16 avril 2011

Salvador Allende, ce héros ordinaire

"Les grandes avenues s'ouvriront"
C'est un authentique héros de mon enfance, un grand homme, un juste, un vrai, dont la mémoire remonte à la surface comme un fantôme digne et bienveillant. En allumant la radio ce matin, j'ai appris que les restes de Salvador Allende allaient être exhumés, trente-huit ans après sa mort lors du coup d'Etat militaire d'Augusto Pinochet. Sa famille, comme celles des 3000 et quelques victimes de la junte chilienne, veut connaître la vérité sur ses dernières heures et les circonstances de sa disparition. 
Travelling arrière, loin, bien loin de l'écume futile de nos jours numériques :  
11 septembre 1973, putsch du général Pinochet. L'armée chilienne  donne l'assaut au Palais de la Moneda pour en finir une fois pour toute avec le premier président socialiste démocratiquement élu, trois ans plus tôt, par le peuple chilien. « El compañero presidente » (le camarade President) avait eu le front de gagner, à la loyale, les élections contre Allessandri, le candidat des grandes familles possédantes. Il avait eu l'audace de lancer un grand programme de nationalisations des ressources minières du pays, le culot de vouloir bloquer les prix et d'augmenter les salaires pour aider les travailleurs chiliens à vivre, l'idée insensée de vouloir lancer une réforme agraire au détriment de grands propriétaires latifundiaires et d'augmenter les impôts des plus riches...bref de chercher une voie chilienne vers le socialisme (« La via chilena al socialismo »), sous l'oeil protecteur du grand-frère cubain. Inacceptable pour la grande bourgeoisie chilienne...et surtout les américains, qui, après le Vietnam, craignaient plus que tout qu'un nouveau domino "communiste" tombe cette fois à leurs portes. 

vendredi 8 avril 2011

N'oublie pas que tu descends d'une longue lignée de chercheurs de vérité

Le 20 février 2005, Hunter Stockton Thompson se tirait une balle de revolver dans la tête, dans son ranch d'Aspen Colorado. Et je m'aperçois aujourd'hui que j'ai manqué cet anniversaire. Je rattrape cet oubli ici et maintenant, en tapant paresseusement ces quelques lignes sur mon clavier. L'inventeur du "gonzo journalisme", le graphomane halluciné de "Hells Angels", "Fear and Loathing in Las Vegas" et "The Great Shark Hunt", avait 67 ans quand il a pris un aller-simple direct to the Sky. 17 de trop pour cet éternel jeune homme Born to be Wild. Pour lui, la vie après 50 ans ne valait pas la peine d'être vécue, avec ou sans Rolex. Et ce siècle si médiocre et terre à terre, sans utopie, sans courage, ni défonce n'était plus le sien. Il avait pris une retraite définitive - du monde et du journalisme - déclarant ne plus rien vouloir produire "dans une nation dirigée par des porcs". Les Etats-Unis de Bush Junior, de Dick Cheney, Fox News et Halliburton qui n'avait plus rien à voir avec l'Amérique rebelle de sa jeunesse, celle de Jack Kerouac, du San Francisco des Sixties et de "Rolling Stone Magazine".
Quand le claquement sec de la détonation retentit, son fils, sa belle-fille et son petit fils se trouvaient dans la pièce à côté. Tous crurent au bruit d'un livre qui tombait et ne vérifièrent que quelques minutes après. Le "Duke" était écroulé sur sa machine à écrire IBM Selectra rouge où il avait simplement tapé la date du 22 février 2005 et le mot "conseiller" (Feb. 22 '05 et Counselor)...Mystère, rien de plus. On retrouva peu après sa lettre d'adieu, tapée sur la même machine, elle disait:

"No More Games. No More Bombs. No More Walking. No More Fun. No More Swimming. 67. That is 17 years past 50. 17 more than I needed or wanted. Boring. I am always bitchy. No Fun for anybody. 67. You are getting Greedy. Act your old age. Relax. This won’t hurt."

dimanche 27 mars 2011

Histoires de robots et autres machines

Ecce 1, le robot cyclope au squelette humanoïde
Il y en a de toutes sortes : humanoïdes, zoomorphiques, pédomorphiques, montés sur roues, sur chenillettes, nageant comme des poissons, ou glissant sur le sol comme de drôles soucoupes... Un « défilé de robots » comme en aurait rêvé Isaac Asimov s'est déroulé du 23 au 25 mars dernier au Palais des Congrès de Lyon sous les yeux d'un public de « geeks » émerveillés et curieux comme des enfants. Pour sa première édition, le salon InnoRobo, organisé par le syndicat français de la robotique Syrobo présidé par Bruno Bonnell, a réussi à attirer les stars mécaniques et plus ou moins intelligentes de cette industrie que l'on dit émergente... depuis Jules Vernes.
Plus d'une centaine de robots venus du Japon, de Corée du Sud, des Etats-Unis, mais aussi de l'Hexagone ont rivalisé de démos pour capter l'attention des visiteurs... et des acheteurs ou investisseurs potentiels. L'ancien patron de l'éditeur de jeux vidéos Infogrames, Bruno Bonnell, reconverti dans la robotique de services avec sa société Robopolis, y croit dur comme fer : «Cette fois la robolution est en marche ». Il lui a même consacré un livre récemment paru aux éditions JC Lattès. 

jeudi 17 mars 2011

Ils défient la mort invisible armés de leurs seuls sabres

Quand je pense aux dizaines de milliers de morts et portés disparus de la catastrophe japonaise; quand je pense à la mort invisible qui menace maintenant l'Archipel; quand je pense aux 50 techniciens sacrifiés de la centrale nucléaire de Fukushima qui n'appartiennent déjà plus à ce monde; quand je pense aux pompiers et aux militaires qui luttent désespérément pour refroidir les réacteurs numéros 3 et 4 en fusion; quand je repense aux "liquidateurs" liquidés de Tchernobyl il y a 25 ans; quand je pense à tous ces malgré nous qui absorbent des doses de radioactivité "héroïques" parce qu'ils n'ont pas d'autre choix moral et humain... Je pense au Vent Divin qui pousse ces hommes à se sacrifier pour le salut de leurs contemporains et l'avenir des générations futures.

Je pense à ces mots de Yukio Mishima 
"Et pourtant, le risque qu'avaient accepté de courir les membres de la Société en renonçant à se servir d'armes à feu avait bien mis leur dessein en lumière. Ils devaient bénéficier de l'assistance divine et défier armés du seul sabre les armes de l'Occident haïes des dieux" (La Mer de la Fertilité).
(photo ci-dessus, Yukio Mishima avec ses compagnons, avant son suicide le 25 novembre 1970)

samedi 12 mars 2011

Pour en finir avec le fantôme de Ian Curtis...et écouter enfin la mödernité de Joy Division

Trente ans que Ian Curtis et sa lumière noire m'attendaient, quelque part, au tournant de ce blog. Des mois, des années, que je reculais devant l'épreuve. Que je restais au pied de ce monument de granit de l'histoire du rock pré-numérique. Le journaliste se méfiait du poids de la légende romantique lestant l'écriture, du risque de l'emphase et du ridicule. Le fan de toujours était encore tétanisé, après toutes ces années, par la musique martiale, abrupte et ténébreuse de Joy Division. Elle n'a jamais cessé de résonner en moi depuis ce 18 mai 1980. Trois décennies que l'adolescent tout retourné en veut encore au pendu, le souffle coupé par le nouvelle du suicide. Comme un stupide jeu du foulard rimbaldien qui aurait mal tourné. Putain, pourquoi Ian ? Pourquoi finir suspendu à une corde à linge comme un pauvre pantin gothique ? Pourquoi mourir tout seul comme un con à 23 ans dans ta cuisine ? Longtemps que j'ai cessé de me poser ces questions d'un autre temps. Celui de ma jeunesse. Mais tu t'es constamment rappelé à moi comme un foutu fantôme

dimanche 6 mars 2011

Quand Google règnera sur la posthumanité...


Palo Alto, Californie, 2018. Sergey "Brain" est l'empereur d'un monde connecté. Google est partout, anywhere, everywhere, anytime. Il a mis à genoux Microsoft, le géant déchu du logiciel qui a initié la grande révolution numérique. Et aussi Apple, dont feu le PDG Saint Jobs, a eu la naïveté de croire que son oeuvre perdurerait par la seule magie du bel objet technologique et du buzz marketing. S'il avait su...Le business ultime n'était pas dans le design et l'ergonomie mais dans les contenus, la connaissance. L'avenir n'était pas dans la création d'un univers fermé, mais dans la numérisation de l'univers...Google a mis KO ses concurrents mais aussi toute l'économie traditionnelle. La Firme règne sur les médias, les télécommunications,  les énergies nouvelles, les biotechs.
2 milliards d'individus se connectent chaque jour sur ses serveurs. Google est un Dieu de l'information. Il gère des pétabits de données personnelles venues des quatre coins du monde. Dispense l'information comme un fluide vital à une humanité en pleine transformation. Google évangélise. Sa nouvelle religion: la courbe exponentielle du progrès que rien ni personne n'arrêtera. Sa promesse aux fidèles: le salut sur Terre, l'immortalité enfin, ce vieux rêve du pauvre homo sapiens terrorisé par sa fin biologique inéluctable. A coup de milliards de dollars, investis  dans la techno-médecine, la cybernétique et le génie génétique, Google est en train de donner naissance à l'homme 2.0, un humain augmenté, sauvé par le mariage avec la machine. Les cures de cellules souches et les nano-robots commencent à réparer en profondeur ce que les lifting et le botox ne  faisaient que camoufler grossièrement en surface et de manière trop éphémère. Bientôt le cancer ne sera qu'un mauvais souvenir.  Les femmes programment l'ADN de leurs futurs bébés, écartant laideur, tares, maladies, privilégiant la beauté lisse et photoshopée des magazines. La grande sélection a commencé. Google a pris la tête du Projet Transhumaniste.

mardi 1 mars 2011

Les blogueurs sont fatigués de toute cette gratitude

"Misère, misère, nous sommes les damnés de la Noosphère, notre prose mérite salaire !". Entendez vous ce cri monter des tréfonds de l'internet ? Gronder dans ces nouvelles plantations de coton dématérialisées que sont les agrégateurs et les fermes de contenu ? No more heroes, les blogueurs sont fatigués du clavier, en ont marre d'être des vaches à lait ! Oulala vieux débat vieux comme le Web, polémique usée...et puis personne ne vous oblige à bloguer gratuitement pour autrui, voire à bloguer tout court me direz vous. Pas faux. Question de choix personnel, d'envie, de passion, de mission, de frustration et d'ambition journalistico-littéraire blablabla...il faut assumer...mais Ouinnn je voudrais bien vivre un jour de ma plume moi ! On connaît la complainte du blogueur, ce barde moderne plus ou moins doué du clavier nous en rebat les oreilles depuis des années. Or le fait est, et les faits sont têtus, qu'il n'y a pas d'économie du blog, zéro, nada, niente...sauf pour ceux qui acceptent de vendre leur âme, morale et déontologie aux démons du billet "sponsorisé" (mais ça c'est un autre sujet qui vaut à lui seul un billet bien saignant). Il n'y a déjà plus d'économie pour l'information produite par les médias "professionnels", alors il ne faut pas rêver.

Réveillons nous: plus personne ne veut payer pour voir, pour lire, pour s'informer, pour s'enrichir (intellectuellement), s'éduquer ou se distraire. L'internaute, ce lecteur ingrat des temps numériques, croit que les beaux articles naissent gratuitement dans les feuilles de choux et que les bons billets tombent du ciel comme pluie d'abondance. C'est ainsi. La culture de la gratuité s'est imposée sur le Web, on ne reviendra pas en arrière. Et ce n'est pas moi, tout seul dans mon coin de journaleux-blogueur, qui vais réinventer un business-modèle internet pour les l'information...quoique dans mes rêves les plus fous j'aurais bien quelques idées: par exemple prendre l'argent là où il est en instituant une licence globale financée par les opérateurs télécoms et internet qui se goinfrent de confortables marges de 30 % et plus grâce aux contenus auxquels ils donnent généreusement accès moyennant forfait quadruple-play (mais là encore je m'égare c'est un autre sujet qui vaut à lui seul un billet bien rentre dedans).

vendredi 18 février 2011

Radiohead, How To Reappear...

Benoît est un ami : journaliste, geek, passionné de musique et fan de Radiohead comme moi. Comme il frémissait d'excitation à l'idée de la sortie du nouvel album de la bande de Thom Yorke, "Kings of Limbs", qui sera disponible en téléchargement dans quelques heures sur Radiohead.com, je lui ai demandé de revenir sur cette "réapparition". En 2007, pour "In Rainbows", le groupe le plus aventurier et aventureux de l'ère post-rock et digitale avait fait le pari de laisser les internautes libres de payer ce qu'il voulait. Y compris rien. Une manière de créer le "buzz", mais, aussi de tester un nouveau modèle du disque à l'heure de "l'économie de la gratitude". Cette fois, la mystérieuse tracklist dématérialisée de ce huitième album sera proposée à prix fixe. Alors Radiohead a-t-il tout bon ou tout faux ? En attendant de pouvoir écouter ce précieux nouvel opus dans quelques heures (et de signer, pourquoi pas, une chronique musicale jubilatoire à quatre mains avec Benoît), je lui laisse le soin de vous expliquer le pourquoi et le comment de cette sortie très attendue du point de vue du business du disque et surtout du consommateur internaute...
 Une autre industrie musicale est-elle possible ? L’annonce, mardi dernier, sur le site de Radiohead, de la sortie d’un nouvel album, « King of limbs », téléchargeable dès ce samedi 19 février pour 7 euros a été vue par beaucoup comme un renoncement. Il faut dire qu’il y a quatre ans, le plus grand groupe de rock du monde (bon, d’accord, JC, après les Ramones, mais en beaucoup moins morts) avait marqué les esprits: pour l’album « In Rainbows », fin 2007, les internautes étaient libres de payer ce qu’ils voulaient, y compris… rien du tout. Alors, la bande à Thom Yorke est-elle rentrée dans le rang en abandonnant la gratuité ? A mon avis, non. Histoire de s’occuper en attendant d’écouter le disque, quelques réflexions en vrac. Mais comme vous n'en pouvez plus d'attendre voici ce qui ressemble fort à un premier extrait, "Lotus Flower", un superbe titre que le groupe joue et teste sur scène depuis un bon moment déjà:

jeudi 17 février 2011

Internet ou la possibilité d'une île

"Je suis candidat pour t'écrire un billet sur la possibilité d'une renaissance de la liberté par la grâce d'internet"...Voilà en substance le message que j'ai reçu de Théo, alias @oleiade sur Twitter, moins de 2 minutes après avoir lancé un appel au peuple connecté. Ce 8 février, j'étais bien fatigué du clavier et j'étais candidat à accueillir un invité, histoire, Sainte-Flemme priez pour moi pauvre blogueur, de souffler un peu. Ouvrir son radeau numérique personnel à d'autres contributeurs, c'est aussi faire circuler les idées. Un fluide vital pour ne pas tourner en boucle et radoter. Surtout quand le passager à moins de 25 ans. Après Morgane Tual et son "Jeunes journalistes", c'est donc au tour de Théo Crevon, étudiant, geek et photographe passionné de son état. Il n'y a pas de hasard...Morgane et Théo se sont associés pour créer Diasporamas, un magnifique site de diaporamas sonores mêlant sons et photographies "qui se complètent et se subliment". Avec cette possibilité d'une start-up ;) ils espèrent mettre leur talent au service des médias en ligne. J'en reparlerais.  Je les aime bien et le métier a bien besoin d'idées nouvelles et du sang neuf des jeunes journalistes et têtes chercheuses de l'ère digitale. En attendant embarquons nous donc vers cette Insula Utopia sur l'écume de nos jours numériques...
"L'Utopie" de Thomas Moore (editio 1516)
Internet est la possibilité d'une île. Un espace neutre sans représentation figée, sans régulation, sans frontières. Le lieu commun de toutes les libertés; le repère volatile où, comme Wikileaks aura su nous le démontrer, rien ne saurait être dissimulé. Il est la possibilité d’une évasion au milieu du système. Une Zone Autonome Temporaire, éphémère et permanente; sauf-conduit où transitent sans censure les discussions sulfureuses de 4Chan; ou cohabitent les égos et les idéaux sans besoin de les codifier; ou se bâtissent des projets et des utopies à la seul force de l’envie et de l’enthousiasme. 
 Alors évidemment Internet est une cible. Toutes les politiques sécuritaires, qu’elles soient de gauche comme de droite, du Nord comme du Sud, vous le diront. Ce terrain vague numérique ou coexistent toutes les idées, toutes les aspirations et toutes les velléités est un danger pour la sécurité des Etats et des peuples nous dit-on. Car y circulent librement les informations, hors de tout contrôle. N’importe quel abruti de quinze ans un peu dégourdi peut se déclarer hacker, rejoindre un groupement de terroristes numériques qui se fait appeler “Anonymous” et prétendre défendre la liberté d’expression. Vous imaginez le foutoir?

jeudi 10 février 2011

Même pas mort dans ma deuxième vie numérique !

Avez-vous déjà songé à ce que deviendront vos mails, vos tweets, votre page Facebook ou votre blog une fois passé à trépas ? Le fantôme de votre double numérique hantera-t-il pour toujours le cyberespace à coup de posts automatiques  et de "c'est votre anniversaire" sur le "Social Network"? Votre compte Twitter continuera-t-il à vivre alimenté par des posts en 140 signes robotisés ou sera-t-il usurpé par un proche ou un inconnu entretenant l'illusion pour vos 4000 followers ? Sans y penser, vous semez chaque jour, à chaque heure, parfois à chaque minute les traces de votre existence et de vos pensées  sur les dizaines de milliers de serveurs qui font battre le coeur du Réseau. Et vous vous assurez ainsi une postérité numérique, une forme d'immortalité sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Demain, à partir de cet ADN digital, vos descendants pourront peut-être recréer votre personnalité sous la forme d'un avatar "3D" doté d'une intelligence artificielle avec qui ils pourront conserver: "Dis c'était comment cher Aïeul au début du XXIème siécle ? Et qui était cette femme que tu as tant aimé ?"... Encore plus fou, n'avez-vous jamais rêvé (ou cauchemardé) de renaître à la vie par la grâce d'une manipulation de votre ADN biologique, cette fois, cloné par quelque savant fou qui donnerait naissance à un Golem de chair, un deuxième vous-même ? Et si d'aventure il était possible un jour de "sauvegarder" votre conscience, ce pur esprit que les croyants appellent l'âme, pour la télécharger sur un disque dur et ressusciter des morts tel Lazare sous la forme d'un homme-machine que l'on appelle Cyborg ?

jeudi 3 février 2011

Narcisse en son miroir de blogueur (le Top Wikio "Société"/Février)

(photo Flickr)
Oui je sais ce que vous allez me dire: Narcisse en son miroir de blogueur. Et puis ce classement c'est bidon, ça ne veut rien dire, c'est surpondéré par Twitter, l'audience n'est pas un critère, blablabla... Je n'oserai dire que je n'ai cure de votre avis. Ce serait faux. Mais je n'ai pas envie de bouder mon plaisir et qui m'aime me suive (haters et trolls bienvenue ;) ! Quand Wikio m'a contacté pour me proposer de publier en avant-première son classement des Blogs Société de Février au motif que Mon Ecran Radar était "en bonne position", je n'ai pas dis non. D'abord parce que comme tout blogueur, j'ai besoin de mesurer, d'une manière un tant soit peu algorithmique (Google Analytics) ou d'une autre (Wikio, pourquoi pas), si ce que j'écris touche un public, dans tous les sens du terme. Mais aussi parce que bloguer n'est pas une sinécure, c'est même un sport de combat. Et que l'on traverse tous des périodes de doute, jusqu'à penser tout arrêter. Alors quand je vois mon petit laboratoire numérique personnel grimper de la 17ème à la 13ème place de ce classement, entrer dans le Top 15 des Blogs Société les plus consultés le mois dernier, forcément je suis content. Et sonnez hautbois résonnez trompettes (d'où la fanfare ci-dessous), j'ai envie de partager ma joie avec vous qui êtes fidèles à ce blog depuis un an et demi et vous autres qui le découvrez. Près de 10.000 visiteurs uniques en janvier, j'aurais presque envie de vous remercier un par un ;) Mais je tire aussi mon chapeau à ma jeune collègue Morgane Tual, dont le billet bien énervé "Jeunes journalistes, qu'est ce qu'on attend pour ne plus suivre les règles du jeu" a largement contribué à propulser Mon Ecran Radar le mois dernier. Tout comme le show parisien du grand James Ellroy que je vous ai narré récemment.
Mais foin de blablabla voici le TOP 20 des Blogs Société tel qu'il sera publié le 5 février sur Wikio:

vendredi 28 janvier 2011

Bazooka, un Regard Résolument Möderne

Jeunes gens de l'ère Numerik, saviez-vous qu'il y a plus de trente ans d'autres jeunes gens portaient un Regard résolument Möderne sur le monde ? Sans Mac, sans palette graphique ni Internet, à la colle et au ciseau, à la sérigraphie et à la ronéo, ils inventèrent un graphisme délibérément CyperPunk et Növo. Prenant d'assaut le "Libération" baba cool des Seventie's, le collectif Bazooka emmené par Kiki Picasso s'empara de la Une du journal pendant plusieurs semaines, multipliant les provocations Punk et Dada...Anarchy in Libé, croix gammées et épingles dans le nez, esthétique fleurant bon la Propaganda des années 30 et le surréalisme socialiste, art de rue façon émeute white riot...Profondément marqué par le pop-art de Warhol et  Roy Lichtenstein, et surtout par l'esthétique de la furia Punk déferlant d'outre-Manche, ces jeunes gens mödernes d'hier ont inspiré à leur tour toute une génération d'artistes underground des années 80 (MissTic notamment) jusqu'à aujourd'hui. 
J'en parle, car leur univers visuel m'a profondément marqué ado, à la Une de "Libé" ou de "L'Echo des Savanes", sur les affiches de concert et au Forum des Halles où trainaient toute la faune keupon du tournant des années 80. J'en parle aussi parce que d'une certaine manière, je retrouve un peu de l'esprit Bazooka chez mes jeunes amis d'Owni, où Vendredi c'est toujours Graphisme ;)
J'en parle enfin parce le travail de Kiki, Loulou et les autres est en vedette à la Villa Medicis de Rome dans le cadre de l'exposition "Europunk" (La culture visuelle en Europe 1976-1980). "Libé", évidemment, y consacre un article avec ce diaporama en prime. Quelque 550 objets ont été rassemblés auprès de collectionneurs privés ou musées. Certains sont célèbres, tel le fameux portrait de la reine d’Angleterre les yeux barrés de la mention «God Save The Queen» créé par Jamie Reid pour les Sex Pistols. D'autres sont plus underground comme ces dessins, collages, fanzines et affiche de concerts réalisés par Bazooka.

mardi 25 janvier 2011

Ellroy et les femmes, sa "malédiction" est la nôtre

"Bonsoir à vous autres pédérastes, sniffeurs de colle, punks, maqueraux, clodos et renifleurs de petites culottes ! Vous auriez pu rester chez vous pour vous adonner à vos vices habituels - le sexe, la drogue, les obsessions - mais vous êtes venus m'écouter moi qui suis né dans les sources du pêché...". Lundi soir, le grand cirque Ellroy passait par Paris, tout en sexorama fiftie's, vociférations réactionnaires et injures à caractère sexuel, moulinets de bras, ricanements et roulements d'yeux furibards. Représentation unique: "James Ellroy lu par James Ellroy". L'immense écrivain (1m90 à la toise, 15 romans déglingués au compteur sans compter les nouvelles) était venu vendre son dernier livre, "La Malédiction Hilliker", sous-titré "mon obsession des femmes", devant une foule acquise et fascinée par le numéro de ce fou furieux semblant tout droit sorti d'un de ses romans de la trilogie américaine...
Il y avait donc ce James Ellroy cabotin, showman imparable, white-trash graphomaniaque, grand échalas de droite aux allures de colonel des Marines dément, montant sur la scène du théatre Marigny comme on monte sur un putain de ring. Mais il y avait aussi ce petit garçon de 10 ans au regard perdu, cherchant encore sa mère assassinée à travers toutes les femmes de sa vie, plus de 50 ans après le début de la "malédiction"...qui a commencé à lire, scander son texte comme une incantation en forme d'autobiographie exorciste (vous pouvez écouter le podcast ici en VO d'une autre lecture d'Ellroy par Ellroy organisée par Télérama). La salle médusée s'est tue, son éditeur François Guérif de Rivages a fermé les yeux comme on écoute une prière, et les deux interviewers de service, Arnaud Viviant et Eric Naulleau, ont communié avant l'épreuve (le mot n'est pas trop fort) du jeu de questions-réponses avec l'intransigeant auteur du "Dahlia Noir", de "LA Confidential", d'"American Tabloïd" .

dimanche 16 janvier 2011

"Total Recall", votre vie numérisée pour l'éternité ?


En fondant la Bibliothèque d'Alexandrie en 288 avant JC, Alexandre le Grand nourrissait le projet fou de conserver tout le savoir de l'humanité depuis l'invention de l'écriture à Sumer et Babylone. Sous l'empire romain et au plus haut de sa gloire, cette merveille de l'Antiquité compta jusqu'à 700.000 volumes sur papyrus et parchemins...avant d'être détruite et pillée par les disciples chrétiens du dernier des Ptolémée en l'an 642 comme le raconte le récent peplum "Agora". Les savants et philosophes furent expulsés et toute cette mémoire partit en fumée, plongeant le monde dans l'éclipse intellectuelle et scientifique du bas moyen-âge. A l'époque nulle copie de sauvegarde n'était disponible...
Mais quinze siècles plus tard, le saut technologique quantique permis par la révolution numérique rendrait presque palpable le rêve de garder pour l'éternité la mémoire de chaque être humain né sur cette Terre !
 L'homme est poussière et retournera à la poussière, mais ses souvenirs resteront gravés sur silicium dans une quête si humaine d'éternité. Les pharaons et Alexandre en rêvaient...Microsoft va le faire. C'est en tous cas le projet fou de Gordon Bell, un chercheur vétéran de la firme qui a entrepris en 1998 de numériser tous ses écrits, puis d'archiver sur disque dur chaque jour de sa vie en photographiant, scannant, enregistrant méthodiquement tout ce qu'il voyait, mangeait, lisait ou ressentait. Baptisé "MyLifeBits" ("mes bouts de vie"), cette vaine tentative de se constituer une e-mémoire est devenue un livre, qui vient de sortir en France chez Flammarion sous le titre "Total Recall". Une allusion bien sûr au film de Paul Verhoeven adapté d'une nouvelle du grand Philip K.Dick ("We can remember it for you wholesale"). Sauf que dans le film, la société Rekall vend des faux souvenirs qu'elle implante dans la mémoire de ses clients. Alors que Gordon Bell et son assistant Jim Gemmell prétendent vous aider à vous constituer votre propre mémoire électronique avec un véritable manuel: "imaginez que vous ayez accès, d'un simple clic, à toutes les informations reçues au cours de votre vie", résume l'incontournable Bill Gates qui préface le livre.

lundi 10 janvier 2011

Jeunes journalistes: qu'est-ce qu'on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ?

Cela faisait un moment que j'avais envie de savoir comment les jeunes journalistes web-natives vivaient leur entrée dans une profession qui, dans les faits, n'a plus rien d'un rêve de gosse rose bonbon : précarité institutionnalisée en forme de stages et CDD à répétition, productivisme Shiva en guise de vademecum, règne des petits chefs sur des rédactions web organisée pour le flux et rien que pour le flux, arrogance aveugle des "newsosaures" de l'ère imprimée face à la grande mutation numérique de l'information...la condition faite à cette génération surdiplômée et bien mieux formée que nous ne l'étions est indigne. Et la crise de la presse n'explique pas tout. Notre génération, celle de Gutenberg, a été jusque-là incapable de comprendre et de s'adapter aux enjeux de la révolution Internet. Et dans des biens cas, tue toutes velléités d'innovation dans les rédactions en ignorant superbement ce que les jeunes ont à nous apprendre du Web. Je voulais lire tout cela sous la plume d'un confrère de moins de 30 ans. Morgane Tual, qui fut ma stagiaire il y a quelques années, a relevé le gant. Et le résultat décoiffe au-delà de mes espérances. Car la "Génération Y" en prend aussi pour son grade...Lisez plutôt le billet de mon invitée:

Pochoir Street Art
Envie d'écrire, mais manque d'inspiration. Twitter sert à tout, même à trouver de quoi bloguer. C'est Jean-Christophe Feraud, mon ancien patron aux Échos, vieux con autoproclamé du genre qu'on aimerait voir plus souvent, qui m'a soufflé cette idée de sujet : "Jeunes/vieux journalistes, papier/internet, conflits de génération ?".
A la lecture, j'étais moyennement emballée. J'en ai un peu marre du branlage de nouille journalistico-twitto-intello du moment. Et puis j'ai changé d'avis. Les vieux journalistes et leurs grands principes, les jeunes journalistes et leur manque de principes, j'en parle souvent, à l'oral. Alors autant l'écrire. En précisant bien qu'il ne s'agit que d'un coup de gueule, et que mes propos sur les cons, vieux ou jeunes, ne sont pas à généraliser.

samedi 8 janvier 2011

Digitalisme

Digitalisme: "Néologisme du début du XXIème siècle désignant le processus de transformation de l'humanité bio-analogique au format numérique. Désigne le mouvement d'idées qui accompagne et prône cette mutation" 

Digitalisme: c'est aussi un paradigme scientifique cyberpunk - pas si délirant qu'il n'en a l'air - postulant que l'Univers lui-même est une intelligence mathématique, donc informatique. Nous sommes tous des infimes données périssables de cette équation cosmique. Pour certains comme le philosophe Nick Bostrom, la vie elle-même pourrait être une simulation, une expérience de réalité, une pluie de pixels conçue pour nous faire croire que nous sommes en train de vivre ce que nous vivons. Ca vous rappelle bien sûr "Matrix" et le paradoxe de Philip K.Dick: "Je suis vivant et vous êtes morts" (Ubik) . Mais avec Internet, la SF est réalité: nous devenons nous-même une intelligence collective...hé hé un énième défi si magnifiquement humain au super-programmeur tout là haut.

Digitalism, c'est déjà un groupe d'electro fondé en 2004 par deux musiciens allemands,  Jens Moelle et Ismail Tuefekci, qui écrivent la bande son de la génération numérique dans le sillage de Justice, Daft Punk et des pionniers Kraftwerk. Pop, new-wave, rock, indie, punk, funk passés au grand mixer de leurs machines synthétiques. Digitalism est un monstre musical hybride de nouvelle génération. Digitalism incarne cette nouvelle vague de l'electro qui regarde le futur en retissant des liens avec la grande discothèque d'Alexandrie du vieux monde analogique. 
Tout un programme qui est déjà le nôtre ici...

Digitalisme: ce sera donc un nouveau projet journalistique personnel et collectif, une évolution-révolution de ce blog, un défi non-professionnel en marge de notre activité salariée. Celui d'une Zone Autonome d'Information dédiée aux nouvelles cultures numériques: technologies, médias, littérature, philosophie, musique, images, art et création...Nous regarderons le monde et l'humanité à travers et derrière la pluie de pixels, ce rideau de 0 et de 1 qui simule la réalité et irrigue nos disques durs personnels via tous les écrans devenus digitaux au propre et au figuré. Nous tenterons de décrypter les effets sismiques ou papillon de la grande mutation numérique sur nos vies, la société, notre culture passée, présente et à venir...

dimanche 2 janvier 2011

Plus analogique que les Ramones ? Tu meurs !

"Hey Ho Let's Go !"... Bientôt trente ans que leurs trois accords primitifs et supersoniques ont cueilli comme un uppercut le jeune keupon dingo que j'étais. Et le "One two three four" séminal qui lançait invariablement la machine sonique infernale des Ramones me donne toujours autant envie de pogoter comme un crétin...à 44 ans sonnés haw haw :D Drôle de manière de commencer l'an 2011 que de vous parler d'un groupe fondé voilà plus de 35 ans, séparé il y a pile poil 15 ans et dont les membres fondateurs Dee Dee, Joey et Johnny sont tous trois occupés à descendre des bières au Paradis des punk-rockers. Joey (de son vrai nom Jeffrey Hyman), le chanteur moins demeuré qu'il ne paraissait, s'est fait bouffer par un méchant crabe en 2001. Dee Dee (Douglas Colvin), bassiste et authentique voyou, a été retrouvé tout bleu une piquouze dans le bras en 2002 après une énième détox ratée. Johnny (John Cummings), le guitariste qui jouait plus vite que son ombre, a rejoint ses deux faux-frères en 2004, cancer bis repetita. Seul survivant de la formation originale, le quatrième Ramone, Tommy, qui tapait sur ses fûts comme un bûcheron a quitté le groupe dès 1978 (et poursuit aujourd'hui une paisible carrière de producteur de country...Bluegrass). Une vraie série noire qui signait la fin d'une époque No Future.