mardi 12 juillet 2011

GarageLand

Mon Ecran Radar serait-il sur une voie de garage, en train de prendre doucement la poussière des étoiles numériques ? Ou bien est-il tout simplement au garage pour une révision 3.0, carrosserie lustrée, moteur à chroniques réglé comme une horloge ? Plus d'un mois sans écho régulier de la planète digitale, sans delirium gonzo-journalistique, sans pur moment de rock'n roll, sans chevauchée sauvage sur mon clavier...C'est ainsi, je suis un blogueur à la fois erratique et impulsif. Je fonctionne au coup de coeur, au coup de sang, au coup de speed. En ce moment ce n'est pas que je n'ai plus grand chose à dire, mais le temps m'échappe tout simplement

Je suis pris de vertige face à l'accélération du monde, à la folie de l'internet temps réel sur Twitter et ailleurs. Les journées filent à la vitesse de la lumière dans la fibre optique. Comme tous les journalistes de l'an 15 après Internet, je me sens submergé par l'actualité devenue folle. Désorienté par ce flux de news futiles ou historiques qui tournent en boucle comme autant d'électrons dans le grand Synchrotron de l'ère numérique. Les révolutions arabes, Fukushima, la mort de Ben Laden, DSK, la guerre en Lybie qui s'enlise, DSK encore jusqu'à la nausée, le berceau Grec de la démocratie soumis à la dictature des marchés, la folle cupidité du turbo-capitalisme que rien ne semble pouvoir arrêter, le Big One financier et le chaos social qui menacent...Il y a tellement matière à réflexion, indignation, éclat de rire, hyperbole, ou croche-patte cynique que je n'arrive pas à choisir, que je ne parviens plus à écrire.
  
C'est quoi le mode d'emploi du blogueur/journaliste "augmenté" (comme si on était  "diminués" avant Haw haw :D) ? A quel moment on vérifie, on pense, on réfléchit au sens à donner à ce flux d'infos devenu hystérique ? Quand est-ce que l'on regarde un  peu dans le rétroviseur pour contextualiser, tirer des ponts entre passé analogique et présent-futur numérique ? Quand on ne trouve plus le temps, mieux vaut s'abstenir plutôt que doublonner médiocrement ou écrire des conneries. C'est mon avis. Résultat mon blog dérive lentement dans le cyberespace, comme un vaisseau en panne de carburant. Il s'éloigne doucement de votre attention distraite par l'avalanche des stimuli de l'ère numérique. Et finalement je trouve cela plutôt beau, c'est poétique.

Serait-il temps pour ce blog de mourir ? Comme Roy le répliquant, dans la scène finale de "Blade Runner" prononçant ces mots qui m'obsèdent savent les habitués de ces lieux :
"J’ai vu tant de choses que vous humains ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C briller dans l’ombre de la porte de Tannhaüser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir"
L'analogie vous parle-t-elle ? Moi oui. Finalement un blog est un double numérique de nous-même, un clone irréel de notre vie #IRL. Un objet unique dans l'univers, comme chaque individu sur Terre. Nous y projetons nos pensées, nos fantasmes, l'expression de nos amours, de notre histoire familiale et sociale, de notre Panthéon culturel personnel...c'est un miroir de l'instant qui, au fil du temps, de la rivière des mots, ouvre souvent une fenêtre sur l'âme. Quand on ne fait pas semblant. Mimer l'enthousiasme en dégainant avec une régularité de métronome le billet qui va bien sur le buzz du moment, histoire de faire du visiteur unique et de rester dans le Top Wikio, je n'y arrive pas. Ca ne m'intéresse pas. La fatigue de deux ans de blogging forcené qui ont mené Mon Ecran Radar du point zéro à plus de 10.000 visiteurs par mois ? Sans doute. Peut-être que ce blog en forme de laboratoire journalistico-littéraire personnel a-t-il aussi rempli sa fonction. Oui je sais, il y a un an à la même époque, j'avais les mêmes interrogations sur l'avenir de mon Radar 2.0. Mais là, l'explication est sans doute plus professionnelle qu'existentielle.

Don't hate the media, be the media... Je détestais ce qu'était devenu mon job précédent dans un grand journal raflé à la hussarde, il y a trois ans, par un grand patron du CAC40 avec le soutien ostensible de Sarkozy. Grèves et pétitions, micros tendus et caméras de télévision...L'affaire avait fait grand bruit. Un véritable viol de la rédaction qui s'était mobilisée, contre toute attente, pour conserver son indépendance éditoriale. J'en étais, et pas qu'un peu. Et puis l'indignation politico-médiatique était retombée. Et la reprise en mains, implacable, façon chars russes après le printemps de Prague, avait commencé. Depuis, ce journal rigoureux que j'aimais a été "normalisé". Toutes les têtes qui dépassent ont été coupées. 

Les gêneurs sont partis. Ceux qui m'avaient recruté aussi. Moi je n'ai pas changé.

Pour le coup, je me suis retrouvé dans une voie de garage. Il fallait en sortir coûte que coûte, sans céder sur l'essentiel, sans passer par la société de cour médiatique. Dans ce contexte, bloguer, tweeter, envers et contre la fatalité est un acte de résilience et de résistance. De reconquête personnelle aussi. Sortir du placard, du régime de liberté très surveillée où l'on m'avait enfermé avec d'autres emmerdeurs. Mon plan B a marché au-delà de mes espérances: Libé.
Le seul quotidien qui pouvait accueillir un journaliste aussi fantasque, casse-couilles et matamore que votre serviteur ;) Le seul journal où je me voyais écrire à la veille d'une élection présidentielle, où il s'agira d'en finir avec un quinquennat de pouvoir sarkozyste. Le dernier canard du matin audible et un tant soit peu à gauche qui ose encore croiser le fer avec les puissants, porter la plume dans la plaie comme disait ce bon vieux Albert Londres. Libé. 25 ans que je le lis et que j'avais envie d'y bosser. Mon école de journalisme à moi tout seul. Un putain de rêve de jeune homme enfin exaucé. Que du bonheur. Maintenant, je ne parlerai plus du passé. J'ai dis ma petite vérité. Les vieux comptes sont soldés.

J'en suis là. Et les journées filent à la vitesse de la lumière rue Béranger à fabriquer chaque jour un prototype quotidien, un beau journal papier et, je l'espère, de plus en plus numérique. Bref je n'ai plus trop le temps de bloguer ces derniers temps. Mais ce premier billet en forme de questionnement personnel (pardon pour cet exercice d'auto-analyse qui en gonflera certains et en agacera d'autres) montre que j'ai à nouveau des fourmis dans les doigts, l'appel du clavier revient. Et se fait pressant. C'est un beau jour pour écrire. Il est temps de sortir ce bon vieux blog du garage !

Alors rien tel  que les Black Lips pour chauffer le moteur. Je vous parlerai de ces jeunes punks d'Atlanta au son précisément très "garage" dans un prochain billet. Enjoy !



Et allez un autre shoot d'énergie pure pour la route. Les Clash bien sûr. Live 1979. "Garage Land" évidemment :

10 commentaires:

  1. Que vous souhaitez... si ce n'est de bien vous éclater dans ces nouvelles aventures au sein de Libé. Juste évolution du parcours ! L'avenir appartient aux journaux qui sauront garder une ligne éditoriale non consensuelle, déjouant les evidences... vous etes parfait pour le job ;)

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  2. Il serait dommage que le Radar s'arrête, je viens à pein de le découvrir!

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  3. Les blogueurs ont tendance à prendre les sales manies des journalistes, (pardon, pardon, pardon) #airconnu :p.

    Le rythme de publication n'est pas un impératif sur un blog. Justement !!
    Il continue d'exister malgré l'absence de nouveauté. Et le jour où la flamme ressurgit, on écrit à nouveau. Les "vrais lecteurs", ceux qui ne surgissent pas au détour d'un mot clé, seront encore là. C'est un réseau.

    Après je suis partisane d'une évolution tous les deux ans. Ou le contenu ou le contenant.

    Mais après c'est mes petites théories à moi hein :p

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  4. Welcome back ;-) Libé rêve (et partie de l'école : Actuel, R&F... ont apporté leurs notes ^^) de toute une génération... La mienne quoi. Avant qu'il ne change et qu'un lendemain de référendum ne soit la goutte de trop pour moi (même si j'y reviens parfois mais plus avec le même oeil). En parallèle, le web avait grandi aussi et offrait cette multiplication et cette sauvagerie de la plume que le coût du papier semble devoir rendre impossible. Ou pas.

    Content de te voir revenir au blogging en tout cas ^^ Et je suis d'accord avec @catnatt le blog c'est quand on a envie, quand ça vient, quand on a du biscuit ou juste une humeur... Un peu de recul (assez long pour ma part - et pour des raisons bien plus terre-à-terre - sauf un petit Tumblr) ne fait pas de mal. Ca se fait comme un garage band quoi ;-)

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  5. enjoy, yeeaah

    ps : oui, c'est un commentaire très riche

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  6. Salut confrère.
    Ton blog radar (sais-tu qu'un ancêtre de Détective s'appelait Radar?) est superbe, illustrations et sons compris.Je le découvre par un tweet de Maëlle Flot, d'Educpros. Et j'adhère à ton propos sur la submersion par l'actualité devenue folle.Une question : où as-tu pêché le pastiche d'affiche de 39-45 sur la "presse nationale"?
    Bien cordialement.
    Luc Cédelle

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  7. Merci confrère, ça fait toujours plaisir d'être lu. Ca me fait penser qu'il faudrait que je me remette à écrire ici. Oui je savais pour Radar...enfin j'essaie de ne pas faire du Détective. Quand j'ai lancé ce blog, l'Ecran Radar c'était une métaphore du métier de journaliste. Aujourd'hui je suis moins content du nom que je trouve un peu daté. Mais le mal est fait, mon blog est bien référencé avec cette URL.
    J'ai chipé l'affiche Presse Nationale (sous licence libre Creative Commons je crois) chez mes amis d'OWNI: http://owni.fr/#aujourd-hui
    Le plus beau site media qui soit
    JCF

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  8. coucou Jean-Christophe. J'ai honte, je suivais tes tweets, mais je ne prenais pas le temps toujours de lire les articles. Je lis celui-ci (alors que je suis devant un gnaffreux tableau excel pour envoyer un lettre d'info sur la créativité et l'innovation à laquelle je contribue) et voilà, je n'ai pas ta plume, mais sache que si tu continues à écrire, je te lirai (et je fouinerai sur mon ipad pour trouver ton nom dans libé, autre atrocité, je ne lis que rarement le nom de l'auteur des articles dans les journaux...)

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  9. salut Jean-Christophe

    j'ai lu avec intérêt et plaisir tes papiers dans Libé (je suis abonné) et je suis vraiment content pour toi que tu aies trouvé un support plus digne de tes articles que le précédent.
    Mention spéciale pour le papier sur Margerie (tu l'as cassé comme il le fallait) et surtout pour la double sur Apple et jobs : style enlevé et métaphore christique de bon aloi.
    Un ptit café un de ces jours maintenant qu'on est quasiment voisins ?

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  10. @patdepar: Merci :) oui c'est vrai je me fais plaisir à Libé...il faut juste que je trouve le temps de ranimer un peu ce blog qui dérive dans le cyberspace ces derniers temps...Avec plaisir pour le café. j.feraud@liberation.fr

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