samedi 7 novembre 2009

Les fondateurs de Skype gagnent au tirage et au grattage


Royal au bar les fondateurs de Skype ! Le suédois Niklas Zennström et son acolyte danois Janus Friis viennent de réussir un joli coup de Jarnac au détriment du géant des enchères en ligne eBay. Le 6 novembre, les deux compères ont signé leur retour au capital et aux commandes de Skype...quatre ans après avoir pourtant revendu leur fameux service de téléphonie gratuite sur Internet à eBay pour la modique somme de 3,1 milliards de dollars. Sortis par la grande porte, Niklas et Janus reviennent par la fenêtre en rejoignant par effraction un pool d'investisseurs aux poches profondes emmené par Silver Lake et Andreessen Horowitz (le fonds du créateur de Netscape, Mark Andreessen) qui a entrepris de racheter Skype début septembre pour 1,9 milliards de dollars. Au terme du deal annoncé vendredi, les financiers auront le contrôle avec 56 % du capital, eBay conservera une participation de 30 % et le tandem hérite donc d'un ticket de 14 %, avec deux sièges au conseil d'administration de la société à la clé. Une position qui leur permet de briguer la direction opérationnelle de Skype...voire de racheter à terme la société qu'ils ont fondé en 2003.
On connaissait la devise des start-uppers de la bulle Internet : "Take the money and run". Zennström et Friis y ont ajouté leur touche personnelle : prend l'argent, tire-toi...et reviens !

C'est ce qui s'appelle gagner au tirage et au grattage, avoir le beurre, l'argent du beurre et la crémière avec...car l'essentiel de leur investissement dans Skype ne sera pas financier. Les deux petits malins ont en effet réussi ce véritable tour de passe-passe en intentant des poursuites judiciaires contre le vendeur pour violation de brevets : en 2005, séduite par les formidables perspectives de croissance de Skype, eBay avait commis la grosse erreur de ne pas racheter la technologie du logiciel avec la société. Le code-source était resté la propriété des fondateurs... Bingo ! Mécontents du montant de leurs royalties prévu après la revente de Skype aux financiers, Zennström et Friis ont menacé de faire capoter le deal devant les tribunaux. Et tout le monde a du se mettre d'accord au profit des deux acolytes qui ont accepté en échange de rendre à Skype les brevets de son précieux code-source.


Aujourd'hui, eBay peut l'avoir mauvaise même si son PDG, John Donahoe, parle dans un communiqué d'un "accord formidable". Mais comment peut-on se faire avoir à ce point ? En 2005, l'ancienne patronne du géant de l'Internet Meg Whitman avait été aveuglée par les formidables perspectives de croissance de Skype en s'imaginant que les utilisateurs de sa plate-forme d'enchères utiliseraient le fameux logiciel de téléphonie sur IP pour toper là. Et le fait est que Skype permettait pour la première fois de passer des appels aux quatre coins du monde sans bourse délier. Une révolution rendue possible par le génie de trois programmeurs estoniens (Ahti Heinla, Prit Kasesalu et Jaan Tallinn) employés par les deux scandinaves. Làs les synergies avec eBay n'ont jamais été au rendez-vous et malgré 500 millions d'utilisateurs, Skype ne devrait pas générer plus de 740 millions de dollars de revenus cette année, estime le site bien informé TechCrunch. Après avoir envisagé une mise en bourse, eBay s'est donc résolu à revendre sa vraie-fausse pépite pour limiter sa moins-value.
Une bien belle opération au final pour Zennström et Friis qui restera dans les annales du business corsaire.

Les deux zigotos n'en sont pas à leur coup d'essai. On se souvient qu'ils avaient commencé leur carrière en lançant  le fameux logiciel d'échanges de fichiers "peer to peer" Kazaa au tournant des années 2000. Menacés de poursuites aux quatre coins du monde par l'industrie musicale, les deux "pirates" avait alors opportunément abandonné le pavillon noir en revendant Kazaa à une société australienne...immatriculée au Vanuatu. Après Kazaa et Skype, Niklas et Janus ont lancé en 2007 une troisième start-up : Joost. Objectif : distribuer gratuitement des programmes de télévision et des vidéos sur le web en plein écran en utilisant là encore la technologie du "P2P". Mais entre la méfiance des ayants droits, les problèmes technologiques et le succés planétaire du concurrent YouTube (Google), le projet semble patiner. Alors si d'aventure deux Vikings costumés en businessmen viennent toquer à votre porte pour vous proposer l'affaire Internet du siècle, un conseil : répondez que vous avez déjà donné !
Jean-Christophe Féraud

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