samedi 11 septembre 2010

Frères humains, qu'est-ce que Twitter fait de nous ?


Le répliquant Roy joué par Rutger Hauer dans le final de "Blade Runner"
"A force de vie irréelle, peut-être dirons nous un jour aux gens IRL (in real life) : j'ai vu tant de choses que vous humains ne pourrez jamais voir"... Cette semaine, j'ai tweeté à deux reprises cette réflexion personnelle inspirée de la scène finale de "Blade Runner". Les  @Garriberts de "Libé" me l'ont fait remarquer. Je les en remercie ici, ils ont fait germer l'idée, l'envie d'écrire de ce billet. Voilà ce que je leur ai répondu: "J'adore me répéter dans le bruit de nos gazouillis, prêcher K.Dick dans le désert confus de la Twittosphère".  
Prêcher ? Oui pourquoi pas. Car, frères humains, je m'interroge de plus en plus : mais qu'est-ce que Twitter est en train de faire de nous ? Des "répliquants" numériques peut-être... Comme un medium esquissant l'un de nos futurs possibles dans ses livres uchroniques, le génial Philip K. Dick l'avait prédit dans "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques", le formidable roman de "SF" qui servit de base au scénario du "Blade Runner" de Ridley Scott : un jour, il nous sera sans doute impossible de distinguer l'homme de la machine, les êtres réels de leurs simulacres...
Ce jour est peut-être arrivé en l'an de grâce 2010: l'année où l'internet temps réel a commencé à nous suivre partout, sur tous nos écrans, faisant de nous des mutants connectés en permanence. J'ouvre mes yeux fatigués par ces jours et ces nuits online et je crois bien que nous, adeptes forcenés du réseau "social" Twitter, sommes peut-être en train de nous confondre avec nos Avatars, nos identités numériques dans ce monde parallèle... Twitter prend de plus en plus de place dans nos vies, jusqu'à nous rendre absents au réel, à nous mêmes. Regardez-vous, regardez nous hypnotisés par la rivière de mots, d'infos, de pensées et d'émotions qui défile sur nos écrans tactiles
La seule chose qui nous obsède c'est : que se passe-t-il en ce moment là-bas dans la Twittosphère ? Qu'est ce qu'on y raconte, c'est quoi la story, le LOL du jour ? Suis-je cité ? Repris pour ce billet, ce lien inédit ou ce trait d'esprit ? Ais-je reçu des DM, ces messages privés qui nous rapprochent entre Twitteraddict (je déteste l'anglicisme un rien vulgaire du terme "Twittos") ? Merde je vais encore devoir remonter 6 heures de "time line" (TL) pour en être sûr de ne pas avoir manqué quelque chose.... 
Nous marchons dans la rue ou prenons le métro sans voir les gens; à la maison nous regardons des films en famille sans être là, l'air absent ou les yeux rivés sur l'iPhone ; nous parlons moins aux gens qui nous aiment encore en vrai à côté de nous pour tisser d'étranges liens amicaux, voire amoureux avec des inconnus qui nous deviennent très proches; au bureau, les vrais collègues ne sont pas autour de nous dans l'open space mais sur Tweetdeck ouvert en permanence sur l'écran de nos postes de travail...
La répliquante Pris dans "Blade Runner"
J'ai déjà évoqué mon addiction, la notre, dans cette interview  "Twitter est une drogue dure pour les journalistes" et aussi ce billet "To be or not to be a tweet'journalist" . Mais il y a six mois, un an, une éternité à l'échelle de notre monde de micro-blogging, je concevais cet usage compulsif du message en 140 signes uniquement comme outil professionnel. Jamais je n'aurais cru que j'allais m'immerger à ce point dans les limbes virtuelles de la TwittRéalité...
Au petit matin, alors que coule encore le café, j'allume mon ordi et vos gazouillis m'accueillent. Je dis "Bonjour Twitterland" et je commence à tweeter ma revue de presse, mes liens, à savoir de quoi sera faite ma journée de journaliste. Mais le plus important, le plus rassurant peut-être, c'est que vous êtes tous là. Comme tous les matins. Vous les veilleurs infatigables et compulsifs comme @GillesKlein ou @florencedesruol. Vous les confrères et amis @ZaraA, @Zetwitte , @Capucine_Cousin et tant d'autres. Vous les Aliens de la Soucoupe Owni : @nicolasvoisin, @sabineblanc @LeGuillaume et tout l'équipage. Vous les jeunes journalistes-brandeurs @StevenJambot @Cecile_Jandau @JeremyJoly et bien d'autres qui êtes un peu l'avenir du métier ;-) Vous les LOLeurs comme @vincentglad qui êtes moins trash et bien moins cyniques que ce votre "TL" pourrait laisser penser. Le soir aussi, il y a les oiseaux de nuit comme @Menilmuche , @Donjipez, la belle patrouilleuse du Web belgo-londonienne @IsabelleOtto ou la divine et si littéraire @OhOceane.
J'en oublie beaucoup, il y en a tant d'autres gens étonnants, intéressants, passionnants à citer quand on suit près de 500 personnes sur Twitter.
J'aime lire dans vos pensées en 140 signes, j'aime vos mots à tous, ces fragments d'expérience et d'humanité, ils m'accompagnent le jour et la nuit...mais ils m'éloignent aussi de la vraie vie. Même si l'on se rencontre parfois IRL. Et que l'on fait de vraies rencontres professionnelles et humaines. Alors régulièrement, j'essaie de décrocher...sans grand succès ;-) "Twitter c'est comme du crack, cela m'effraie" a écrit un blogueur du "New York Times". C'est la vérité. Vous les Twitteraddict vous l'avez tous essayé et adopté cette dope de la connexion permanente real time...Et après tout pourquoi résister à cette formidable expérience virtuelle ? C'est fascinant de construire une autre réalité, un monde parallèle paradoxalement en prise avec le réel, du haut duquel nous observons l'actualité en marche, la petite histoire et la grande en train de se faire. Voilà d'ailleurs ce que me faisais remarquer @choregie7 l'autre jour sur Twitter  : "Mais c'est pour ça que j'écris sous pseudo , lui est réel, moi non ! Ce que je dis ici est donc la réalité".
Où est la vraie vie ? Irréelle et IRL...Les deux réalités se confondent et s'imbriquent de plus en plus inextricablement. Peut-être sommes nous des transhumains, en train de fusionner avec le réseau grâce nos pseudopodes numériques - smartphones, tablettes et autres laptop - qui deviennent comme des prolongements de nous mêmes...Philip K. Dick l'avait prédit il y a plus de 40 ans. Un autre voyant extra-ludice, Michel Houellebecq dont je lis en ce moment "La Carte et le Territoire", le constate cliniquement et sans affect aujourd'hui :  "Alors que les espèces animales les plus insignifiantes mettent des milliers, parfois des millions d'années à disparaitre les produits manufacturés sont rayés du globe en quelques jours. Nous aussi nous serons frappés d'obsolescence"...
Peut-être sommes nous tout simplement en train de muter, d'évoluer pour accompagner la grande révolution numérique. Pour ne pas être frappés d'obsolescence. Pour survivre. Sans devenir des machines, ni renoncer pour autant à notre Humanité. De la même manière que Roy, le répliquant Nexus de "Blade Runner" cherchait désespérément à devenir humain, nous essayons d'établir sur Twitter et ailleurs une connexion intuitive neuronale et quasi-biologique avec Internet. Cet organisme vivant qu'est en train de devenir le World Wide Web, transformant le monde en un village global digital, l'irriguant d'une multitude de données numérisées comme un coeur pulsant un fluide vital à travers un immense réseau sanguin fait de cuivre et de fibre optique... (cherchez l'auto-plagiat ;-).

Pour finir ce billet un peu halluciné, je ne résiste pas au plaisir de vous offrir la scène finale de "Blade Runner". Roy, le répliquant qui voulait être un homme: "J'ai vu tant de choses que vous humains ne pourriez pas croire, de grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion..."

 

Jean-Christophe Féraud 

32 commentaires:

  1. Tous ces mots se perdront dans l'oubli, comme les larmes...

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  2. Twitter est un moyen, pas une fin. Notre profil est une de nos facettes, mais il n'est pas "nous" non plus.

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  3. Pire, maintenant je tweete en rêve :(
    (Excellent propos, merci!)

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  4. Très bon (beau) billet ! Mais pourquoi avons-nous besoin de se projeter dans ce virtuel !?!

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  5. Là tu touches une corde sensible. Il me fait flipper ton nouveau billet et me renvoie en pleine face le profil du répliquant twiterrien que je suis ou que je deviens .. Et là, je me dis que c'est peut-être grave d'être souvent rivé derrière son écran ... On apprend certes plein de trucs mais la vie, c'est pas çà non ? !! Gasp .. je vais déconnecter !

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  6. Jeudi 9 au soir, aux Enfants terribles, dans le 11e, un Café des OS. Parmi les personnes présentes, deux (pas en état alcoolique avancé) ont passé la soirée à m'appeler @Menilmuche, alors que j'avais précisé que je m'appelais Fabien, et que je n'avais pas enfilé l'un de mes t-shirts floqués "Ménilmuche 2.0".
    Deux, parmi d'autres qui, eux, comprenaient lorsque je les remettais dans le monde réel, celui pour lequel ils avaient fait le déplacement.
    Et c'était un Café des OS, pas une réunion de touiteux. Donc un lieu où, en théorie, du fait de la « qualité » des participants, chaque mot compte.
    Chronique d'une soirée IRL presque comme une autre.

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  7. "Entre irréel et IRL"...

    Mais ne s'agit-il pas de réels échanges avec de vraies personnes derrière ces divers pseudos, dotés de réelles identités et de vraies personnalités ?

    ... Même si tout cela passe au travers du média technique qui fait faux bond aux sens désireux de voir, sentir, toucher leurs interlocuteurs.

    Comme si on ne pouvait pas toucher / atteindre sans toucher IRL.

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  8. Bonjour, du grain à moudre !
    1. Une très bonne description du sentiment de proximité et de complicité, personnelles et professionnelles, que suscite l'outil : Twitter «rassure», c'est vrai et ça fait du bien que quelqu'un le souligne (montrant ce que la connexion 24/7, malgré ses inconvénients, peut présenter de positif). De même, on y trouve ses «vrais collègues», c'est vrai aussi et le souligner incite, de la même manière, à voir la «supra-rédaction» positivement plutôt qu'en spectre de cinquième colonne de la technosphère.

    2. Le billet touche peut-être le plus juste dans cette phrase : «C'est fascinant de construire une autre réalité, un monde parallèle paradoxalement en prise avec le réel, du haut duquel nous observons l'actualité en marche, la petite histoire et la grande en train de se faire.» La beauté de Twitter et sa propriété unique – du fait de sa construction et de ceux qui le peuplent – est cette conjonction de traces de l'événement, de sa réception, de sa transmission et de la fabrique de celle-ci. Pour un public intéressé par les rouages de l'information ou pour ceux qui œuvrent dans le domaine, un tel accès est fascinant et, sinon inédit (?), du moins d'une étendue jamais vue jusqu'ici.
    (Au risque, bien entendu, que l'intérêt pour la fabrique de l'info ne vienne prendre le pas sur l'info elle-même.)

    3. Je m'interroge votre usage de «connexion» dans la conclusion. De deux choses l'une, soit internet est un «réseau sanguin» qui relie tout un chacun, véhicule l'information, la suscite et la fait respirer, soit internet est un «organisme vivant». Certes, il n'est pas besoin d'être conscient pour être vivant, mais comment pourrait-on se «connecter» à quelque chose de vivant mais de non conscient (une «connexion» significative, s'entend: ce n'est peut-être pas ce que vous aviez à l'esprit) ? Postulez-vous un internet conscient, à la fois réseau entre humains ET lui-même interlocuteur, ou un internet seul transmetteur (mais, au besoin, légèrement biologisé) ?

    Dernier point, puisqu'on est dans le recours à la SF (une puissante boîte à idées pour lire ce qu'on a devant nous ou ce qui pourrait l'être), «Aristoi» de Walter Jon Williams postule (dans mon souvenir très lointain) la connexion permanente d'êtres humains à un réseau, dans l'espace duquel ils peuvent (tout en vaquant à leurs occupations dans le réel) avoir des conversations avec des personnes non présentes en chair et en os (?). Même plus, on peut dépêcher dans le réseau des «daimons», i.e. des répliques partielles ou brossées à gros traits de sa conscience, qui s'y ébattent, quêtent de l'information ou ont des contacts avec d'autres «daimons», voire avec des «instances» d'individus de premier niveau.

    Si ces daimons ne sont pas encore là, on peut se demander, avec vous, si une connexion permanente sans contrainte physique (fuseaux horaires mis à part), n'est pas, elle, déjà une réalité. Ce qui est, comme votre billet, tout à fait vertigineux.
    Cordialement.

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  9. Twitter, c'est comme l'alcool, une drogue légale et un lien social. Dur apprentissage... magnifique partage quand il est bien géré.
    Et comme l'alcool... à haute dose il isole.
    Santé!

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  10. Oh oui il y a de la drogue dans Twitter, non, pas d'alcool, plutot une drogue du genre ecstasi et des champigons hallucinogenes (je n'ai encore jamais essaye, alors je ne pas dire exactement quelle drogue).
    C'est peut-etre un fait de notre generation cette fascination pour le net, c'est encore tout neuf apres tout et comme ca evolue tous les jours on s'en lasse pas. Qui pourrait nous en vouloir d'etre fascines par le Tweet sur tout ecran d'ordinateur au smartphone au iPod iPad et compagnie?
    Addictif, oh oui, je me joins a la confesse. Twitter, j'en suis addicte.
    Un monde irreal? pas tant que ca, j'ai rencontre des Twitteratis en chair et en os aux quatres coins du glob.
    Est-ce que ca fait de Twitter un monde reel?
    Non, Twitter n'est pas un monde, mais bien reel.
    Et si on laissait Twitter etre tout simplement un platforme d'echanges, de rencontres, d'idees?
    Twitter est un sable mouvement? il n'y a pas un et un seul Twitter mon TL a moi n'a rien a voir avec ceux des autres, je choisi qui je veux lire et ce que je veux lire. Il y en a meme qui se sont revoltes quand on les a envahis de nouveaux Tweets venus des RTs.
    Twitter est un platorme qui permet de construire notre reel, un reel 'ideal'. Tout comme l'ecstasi, nous emporte dans un monde ideal et fascinant je presume. Le danger est d'y rester et de s'y oublier.
    A part ca, comme platforme d'echanges et de collaboration, il n'y a pas mieux.
    L'addiction n'est pas seulement due a Twitter mais au web 2.0 et sa magie de faire de tout un chacun un journaliste, un ecrivain, un citoyen.
    La magie de s'ouvrir au monde, de broadcaster a grande echelle.
    Laissons le net atteindre plus de maturite et le Twitterati trouvera d'autres fascinations. J'espere que nous survivrons tous notre Twitter addiction.

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  11. beau billet à mediter ...

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  12. Nous tendons à nous réunir spirituellement comme ce fut le cas dans les bars, les églises, les banquets et fêtes de villages qui de sont perdus avec le métro boulot dodo de nos vies citadines. Les humains sont faits pour vivre en groupes seuls ils dépérissent . Le web est en train de rendre tout ça dd manière numérique et tend à nous réunir dans une immense gaïa (cf Asimov) avec une conscience collective bien plus puissante que nos intellects uniques. Quid du succès des apéros Facebook première manifestation de ce désir, les rencontres réelles viendront avec des mutations sur ces réseaux sociaux quand foursquare par exemple vous préviendra qu'un ami d'un ami est assi au même resto que vous. N'ayons pas peur, nous sommes des pionniers nos vies réelles en souffrent mais les grands explorateurs n'ont ils pas sacrifiés les vies privées pour faire avancer l'humanité?

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  13. Cessons de classer un écran dans la non-vie, la non-culture, la non-communication. C'est un cliché digne des moines refusant le Livre.
    La comparaison est de Pierre Levy (mieux reconnu à Montréal) et elle date des années 90.

    Nous regardons notre futur dans le rétroviseur.
    La communication qui s'instaure dans un twitter peut etre fascinante, elle l'est, elle est démiurge au regard de la pauvreté des relations de palier.

    Précisément le palier TWITTER, c'est le palier des idées, de la veille, de la connaissance, et c'est hautement excitant intellectuellement.
    ... et je ne compte plus les rencontres IRL que TWITTER a provoqué.
    Ca bruisse d'apéros ma TL.

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  14. Enfin, Twitter est surtout un réseau d'information plutôt qu'un réseau social. Nouer des discussions de machine à café sur twitter, c'est pas toujours passionnant.

    Twitter avec twittertim.es c'est intéressant. Il faut filtrer!

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  15. Et "TwitterAddict", ce n'est pas un anglicisme peut-être ? ;-)

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  16. Cher @anonyme ce n'est pas l'anglicisme qui me gêne dans le terme "Twittos" mais la vulgarité...

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  17. sous acid ton article me fait chavirer !

    le jour ou le système tombera en panne mon cœur continuera a battre ! pour me rappeler que je ne suis qu'un humain (pas une machine).

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  18. Eric,

    Twitter est ce qu'on en fait. Pour ma part, c'est bel et bien mon réseau social #1, avant FaceBook, LinkedIn et autre Viadeo. Bien loin devant.
    Je devrais dire "mes réseaux sociaux", car j'ai un compte pro aussi.

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  19. Billet passionnant (encore un de ces billets dont on se dit "le billet que j'aurais voulu/dû écrire...), écrit sous acides en effet ;), à la ferveur communicative.
    C'est vrai que Twitter - comme d'autres réseaux sociaux depuis leurs débuts - déshumanise les relations, nous pousse à nous réfugier derrière nos avatars, alors qu'y naissent de nouvelles communautés très virtuelles...

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  20. Nous sommes quelques-uns (mais plus nombreux qu'une poignée, j'espère) à comprendre au sens émotionnel ce que tu décris. Et effectivement il y a dans nos expériences numériques quelque chose de difficile à décrire pour ceux qui ne connaissent pas cela.
    Pour autant, nous ne sommes pas prêts à devenir des robots gazouilleurs enfermés dans une cage mentale. J'ai eu peur à mon tout, mais finalement j'ai compris que j'avais rajouté une couche à ma vie. Une dimension parallèle aux 4 bien classiques, une dimension numérique où les règles sont différentes du monde physique que nous connaissons (temps, ubiquité, liens faibles et liens forts ne sont pas de même nature). Cette dimension supplémentaire connaît des zones de passage réel/virtuel, car rencontre réelle il y a, assez souvent finalement.
    Surtout, c'est une dimension dans laquelle je pénètre à loisir, comme les chamans et passeurs de mondes qui choisissent d'aller ou non dans l'umbra, comme les télépathes étirent leur fil d'argent et se projettent dans le plan astral en se concentrant. De plus, je choisis d'y aller profondément ou non, délaissant temporairement derrière moi mon enveloppe charnelle pour poursuivre la comparaison, mais pas totalement : ce qui affecte mon corps IRL a une conséquence URL (sommeil, AFK bio...).
    Si je prends ces deux références anciennes et pré-technologiques, c'est parce que justement pour le moment cela ne fait pas de nous des transhumains, des cyborgs. Le véhicule numérique est encore hors de nous, nous sommes encore en prise avec le réel du clavier ou de l'écran, nous sommes un corps qui nous appartient pas un corps augmenté artificiellement, ou implanté.
    William Gibson le dit ainsi : quand nous serons cybernétisés, ce sera la fin de l'histoire humaine et le début d'autre chose.

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  21. Une seconde mention de twittertim.es, grâce auquel il est bien rare qu'on remonte «6 heures de "time line" (TL)».

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  22. Merci, Jean-Christophe, tu parviens encore une fois à capturer l'essence de la machine 2.0 dans toute sa schizophrénie : en nous emmenant dans ton délire, tu nous expliques aussi le nôtre.
    Quand les téléphones portables sont arrivés, je me souviens encore de ceux qui disaient : "argh, avec ces trucs, on va être ennuyés en permanence, se faire enquiquiner même pendant les déjeuners en famille".
    Ce que nombre d'entre nous découvrent avec Twitter, c'est que ce supposé "dérangement permanent" n'existe pas : mince, on en redemande ! On s'abonne ! On attend de l'interaction avec trépidation ! Cela montre quelque chose d'essentiel : l'humanité ne se lasse jamais de découvrir l'humanité, même si bien souvent elle nous rend dingues. Même les plus fervents nihilistes en ont besoin. C'est cela, le trait d'union qui fait prendre la mayonnaise : tu me fascines, je te fascine, nous nous fascinons.
    Tu poses beaucoup de questions dans ton beau billet. Me permets-tu d'en ajouter une autre ? N'est-ce pas la société individualiste capitaliste qui avait fait de nous des mutants zombies, et Twitter ne participe-t'il pas à nous faire sortir de cet état terrible ?
    Pardon, je ne suis qu'une vile provocatrice... ;)

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  23. Moi qui détestait les réseaux sociaux, jusqu'au mois dernier, j'ai cédé à la tentation et j'ai crée uniquement par nécessité pour mon blog deux comptes sur Facebook et Twitter. Depuis, je suis un addict de Twitter et la dépendance est encore plus forte quand on possède un smartphone. Je me connecte le matin, à la salle de sport, au déj, pendant mes pauses, dans les transports et je l'avoue même pendant que je conduis. Je me rends compte que je suis prisonnier de cette technologie et que je ne prends même plus le temps de discuter avec ma famille et mes amis. Des fois je me dis que j'aimerai bien avoir une panne d'internet pendant 2/3 jours histoire de me seuvrer. Très bon article, j'ajoute ce site dans mes favoris lol.
    www.hypeandtrendy.fr

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  24. ça me fait penser au film Clones... on n'en est pas loin en tous cas :)
    Super article !

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  25. Il y a du henri kaufman dans ce post...en effet dans son livre : "Internet a tout changé" il indique :
    Le proche devient lointain et le lointain proche....
    Terriblement vrai, terriblement effrayant!

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  26. Je ne me considère ni comme un "TwitterAddict", ni comme un "Twittos", mais comme un "Twitterholic", c'est dire.
    Mais ça c'est le masque, le jeu.
    Comme vous tous (j'espère), j'ai une vie physique, et la mienne n'est pas devant l'écran de façon permanente. Donc Twitter n'est pas le temps réel; il est une fenêtre sur le temps réel. Et comme dans un train, si je me suis endormi, je ne cherche pas à regarder le paysage passé par la fenêtre, juste le présent. Tant pis pour les quelques 100aines de twitts perdus.

    Ensuite, depuis mes 1ers pas dans les sphères de l'Internet (95 en ce qui me concerne), jamais un outil ne m'a permis de nouer autant de rencontres irl, de relations réelles, voire d'amitiés. Est-ce parce qu'il favorise la spontanéité ? Y sommes-nous plus sincères ? Je ne sais pas.
    Mais autant Facebook connecte mes "friends" plus ou moins bidons, autant Twitter me connecte de plus en plus à mes amis.

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  27. Mais dîtes-moi Monsieur Féraud, ce billet traduit le vertige et l'aventure. Je suppose que tous les accros d'Internet connaissent à un moment ou à un autre ce sentiment particulier de basculer à l'intérieur de l'écran, de vivre plus intensément à travers les réseaux numériques. Qui n'a pas connu au moins une fois cette sensation étrange IRL de ne pas être vraiment là, de penser que finalement, les discussions sont plus fortes en ligne que dans une salle ?
    Pourtant, il m'arrive souvent de décrocher non pas parce que j'ai peur de l'addiction numérique (je suis déjà très accroché), mais parce que je suis saturé par l'ego prédominant, par les dérapages verbaux, par les "moi,moi,moi" et les copinages de membres de la communauté. Je suis lassé par la redondance des informations qui y circulent. Travers qui me paraissent inévitables dans un tel contexte (et auxquels je participe des fois), mais qui fonctionnent sur moi comme un répulsif efficace (quoique).
    Finalement, je fais cohabiter deux mondes (numérique et terrestre) juste en essayant de rester moi-même. Mais ce dont je reste convaincu, c'est qu'aucune expérience numérique n'a jamais été aussi forte que celles que j'ai pu vivre IRL par le voyage notamment.
    Merci de ce billet !

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  28. http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/12/23/compte-rebours-avant-extinction-par-sylvain-guyoton_1284163_3232.html

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  29. Bonjour,
    Excellent ce billet,il nous mène a une vraie reflexion qui s etait insinuée pourtant au fil des twits.
    Je crois que ce virtuel réel a besoin d etre apprivoisé, je me sens en adolescence de twitter : febrile, a fond, accro, et je sais bien que l age adulte s en vient et fera de cet outil un outil, et non plus une sorte de cordon ombilical avec une TL qui prend une importance qui peut sembler vitale jusqu a ce que ....la vie réelle vienne m e chatouiller puis me bousculer,pour, parfois, me déconnecter totalement. Et que se passe t il? Pas grand chose en fait. La vie de la TL continue son chemin sans moi et me revoila connectée de nouveau:)

    L ego il est vrai est largement sollicité, savoir prendre de la distance avec les REtweet, les mentions, les unfollowws et les nouveaux followers exige une vraie attzntion et beaucoup de derision : ou est l essentiel? Dans le nombre ou dans ce simple mot plié au cozur des cenquarante, qui m a emue, choquée ou bousculée. Twitter est une ouverture sur le monde, comme internet, a nous de prendre ce qu il nous offre et de veiller sur les addictions:) je retourne a la TL, il s est passé quoi tandis que je vous ecrivais :):):):)

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  30. Deso.ée pour les coquilles, je n ai pas pu sur ipad relire le message totalement:(

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