samedi 11 septembre 2010

Frères humains, qu'est-ce que Twitter fait de nous ?


Le répliquant Roy joué par Rutger Hauer dans le final de "Blade Runner"
"A force de vie irréelle, peut-être dirons nous un jour aux gens IRL (in real life) : j'ai vu tant de choses que vous humains ne pourrez jamais voir"... Cette semaine, j'ai tweeté à deux reprises cette réflexion personnelle inspirée de la scène finale de "Blade Runner". Les  @Garriberts de "Libé" me l'ont fait remarquer. Je les en remercie ici, ils ont fait germer l'idée, l'envie d'écrire de ce billet. Voilà ce que je leur ai répondu: "J'adore me répéter dans le bruit de nos gazouillis, prêcher K.Dick dans le désert confus de la Twittosphère".  
Prêcher ? Oui pourquoi pas. Car, frères humains, je m'interroge de plus en plus : mais qu'est-ce que Twitter est en train de faire de nous ? Des "répliquants" numériques peut-être... Comme un medium esquissant l'un de nos futurs possibles dans ses livres uchroniques, le génial Philip K. Dick l'avait prédit dans "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques", le formidable roman de "SF" qui servit de base au scénario du "Blade Runner" de Ridley Scott : un jour, il nous sera sans doute impossible de distinguer l'homme de la machine, les êtres réels de leurs simulacres...

mardi 7 septembre 2010

Mon Ecran Radar Année 2.0

Illustration empruntée à Loulou Picasso
Que faire ? Qu'en faire ? Ce blog en forme de laboratoire numérique et journalistique très personnel a bientôt un an et je me pose la question de Lénine depuis déjà quelques temps. Près de 60 chroniques plus tard, je sens que j'arrive au bout de quelque chose, que j'ai atteint une pierre de touche. 
Au commencement était l'enthousiasme brouillon pour ce nouveau média à la première personne. Je me suis lancé dans cette aventure, sans réfléchir, étendard au vent et clavier en bandoulière avec la vague idée de prolonger sur le Web mon travail de journaliste de presse quotidienne spécialisé dans les nouvelles technologies et les médias. Et aussi, c'est vrai, de lancer un radeau digital sur la mer démontée qui fait tanguer jusqu'aux plus fiers paquebots de la presse parisienne. Pour être encore là, d'une manière ou d'une autre, quand l'encre, le papier et les rotatives qui m'ont fait journaliste ne seront plus...
Après quelques billets, j'ai vite perçu le double écueil qui guettait mon fragile esquif : faire un blog de journaliste Geek avec plein de gadgets et de branlette technologique inside, et/ou un blog Médias comme les autres, chroniquer le vain théâtre des intrigues cathodiques avec plein de people et paillettes dedans. Et puis l'évidence s'est imposée. Puisque ces deux univers sont en voie de fusion accélérée dans le grand Synchrotron numérique. 
Puisque les frontières entre tuyaux et contenus tombent les unes après l'autre comme l'avait prédit Saint Jean-Marie Messier à l'aube de l'an 2000 (j'étais parmi ses apôtres suivant religieusement ses faits et gestes)...pourquoi ne pas chroniquer au jour le jour les effets sismiques ou papillon de cette révolution digitale sur mon métier de journaliste, nos vies de citoyens, celles de nos enfants-mutants,  l'actualité, l'histoire et la culture en train de se faire et de se défaire au rythme frénétique des innovations technologiques ? Et pendant que j'y suis pourquoi ne pas y mettre un peu de moi, du jeune punk naïf et révolté que j'étais au journaliste installé mais un peu bravache que je suis resté ?

mardi 3 août 2010

Hunter Thompson (2)...et maintenant le biopic !

Vous avez aimé mon précédent billet sur la leçon de journalisme de Doc Thompson ? Vous voulez en savoir plus sur l'énergumène ? Au-delà de la formidable biographie dont je vous ai déjà parlé ("Journaliste et hors-la-loi" de William McKeen),  je vous recommande l'excellent film "Gonzo : the life and the work of Hunter Thompson" sorti en 2008 aux Etats-Unis à l'initiative du studio indépendant  Magnolia Pictures. A ma connaissance, ce documentaire - qui a pourtant été primé au Festival du film indépendant de Sundance -  n'est malheureusement pas sorti en France...mais à défaut on peut évidemment se le procurer online par tous les moyens consacrés ;-). Pour son film, le réalisateur Alex Gibney a rencontré tous les témoins encore vivants de ce que furent la vie déjantée et les fulgurances journalistico-littéraires du Doc : entre autres Johnny Depp qui interpréta le rôle cartoonesque du "Duke" dans "Las Vegas Parano", l'immense Tom Wolfe à qui Hunter vouait une grande admiration réciproque, l'ancien président Jimmy Carter dont il couvrit la campagne électorale avec une bienveillance inattendue, Ralph Steadman son dessinateur gonzo attitré, et bien sûr Jann Wenner, le fondateur de "Rolling Stone Magazine" qui obtint de lui ses meilleurs papiers sans toujours le payer...  

samedi 31 juillet 2010

Le journalisme selon Hunter S. Thompson (1)

Depuis ce billet en forme d'hommage à la prose hallucinée de Hunter S. Thompson - "I wanna be a Gonzo journalist" - vous connaissez ma passion pour ce bon vieux "Duke", auteur entre autres des génialissimes "Hell's Angels" et "Fear and Loathing in Las Vegas". A la faveur des vacances, je relis donc les œuvres complètes de Doc Hunter, inventeur dans le sillage de Tom Wolfe ("L'Etoffe des Héros", "Le Bûcher des Vanités"...) d'une nouvelle forme de narration journalistique à mi-chemin entre fanzine et littérature... Ça vous regonfle à bloc un journaliste-blogueur bousillé ;) Je me suis aussi replongé dans l'excellente biographie du grand homme signée William Mc Keen: "Journaliste et hors-la-loi" (Editions Tristam). Rien que le titre donne envie !
Mais c'est en lisant cette phrase...

 "Je n'ai pas encore trouvé de dope qui puisse vous faire monter aussi haut qu'être assis à un bureau à ecrire"

lundi 5 juillet 2010

"Internet est une formidable opportunité de casser les codes journalistiques"

Ceci n'est pas une auto-interview ! Je suis un peu mégalo comme la plupart des plumitifs mais tout de même... Non cet entretien sur l'avenir du métier de journaliste est le fruit d'une rencontre avec Grégory Rozières, un jeune étudiant en 3ème année de journalisme à l'ISCPA qui m'a demandé (avec d'autres confrères) de me prêter au jeu des questions-réponses dans le cadre de son mémoire de fin d'études consacré au journalisme sur internet (à télécharger ici). Merci à toi Grégory qui a su mettre un peu d'ordre dans les méandres de ma pensée embrumée et le stacato de  ma parole caféïnée. Merci aussi de m'offrir matière à faire patienter les fidèles de ce blog en attendant un nouveau billet tout frais tout neuf à mon retour de vacances...c'est à dire mi-août. 
D'ici là bel été à tous ! Essayez de déconnecter un peu, la vraie vie IRL - soleil, plage, coquillages et crustacés - c'est quand même bien mieux que toutes ces journées et ces nuits No Life passées toute l'année devant l'écran blafard de nos ordis ;-)

Vous vous définissez comme un journaliste "old school"...comment êtes-vous venu au journalisme web ?
Je suis venu au web ces trois dernières années pour plusieurs raisons. Tout d’abord j’ai compris qu’il y avait un changement de paradigme important : l’information est en train de se dématérialiser, de la même manière que la musique s’est dématérialisée. Pour un journaliste, il faut évidemment être en ligne pour répondre au changement d’habitude de consommation des lecteurs. 
Il n’y a qu’à voir les chiffres de la presse quotidienne. Les moins de 30 ans s’informent sur internet, ils ne consomment plus de journaux, ce qui pose un problème économique pour nous car c’est la gratuité qui domine. De plus, à titre personnel j’ai eu besoin au bout d’un moment de trouver quelque chose de personnel sur internet : une certaine liberté de ton bien sûr, mais surtout un contact direct avec le lecteur. C’est quelque chose que l’on cherche forcément dans le métier mais qui n’a jamais vraiment été efficace sur le papier. Le courrier des lecteurs a toujours été géré comme une corvée par manque de temps. Internet permet d’avoir ce rapport. Le blog que j’ai lancé il y a presque un an m’a ouvert les yeux, beaucoup plus que je ne m’y attendais. L’irruption de Twitter a aussi beaucoup changé les choses pour le métier de journaliste. C’est un outil à mon avis avant tout professionnel, ça m’a amené à être beaucoup plus en temps réel sur l’actualité.